La Pratique

La Boussole

La Boussole est une méthode d'exploration développée par Adriane Morard à partir de 2020. Elle propose un cadre symbolique structuré pour se déplacer dans des espaces interstitiels : des lieux qui se trouvent entre le monde sensible et le monde intelligible, avant la conceptualisation, au seuil de la forme. Ces espaces invisibles ont été nommés et conceptualisés dans de nombreuses terminologies et systèmes spirituels, depuis Platon jusqu'aux gnostiques, depuis les mystiques soufis jusqu'aux théories contemporaines sur la conscience. C'est la notion d'Imaginal, telle que formulée par le philosophe Henri Corbin dans sa réinterprétation de la mystique soufie, qui constitue le cadre théorique de cette pratique : un espace médian et médiateur entre le sensible et l'intelligible, qui se distingue de l'imagination par son agentivité, par le fait qu'il existerait en soi, indépendamment de nos regards, de nos intentions et de notre volonté de produire des narratifs centrés sur notre propre intelligence.

La Boussole s'apparente au rêve éveillé dirigé, mais s'en distingue par son hypothèse de départ. Dans le cadre occidental du rêve éveillé dirigé, l'expérience est théorisée comme un processus interne, personnel et imaginatif : on travaille dans la bulle psychologique du·de la voyageur·euse. La Boussole part d'un postulat différent. Ce que l'on rencontre dans ces espaces n'est pas uniquement d'ordre psychologique. Certains espaces semblent exister en dehors de nous, répondant de leur propre réalité, peu importe que nous en soyions témoins ou non. Des intelligences agentes qui, avec ou sans nous, se déploient, se forment et se déforment en une multitude d'altérités.

Voyager l'invisible documente vingt-trois séances conduites sur une année entière selon ce protocole, dans lesquelles Martin Vernier, dessinateur et archéologue, s'est laissé guider par la Boussole sous la conduite d'Adriane Morard. Ces séances constituent le matériel brut de l'ouvrage : retranscriptions, dessins en transe, dessins hors transe. Ce que le livre donne à lire et à voir, c'est ce que ce protocole produit : une cartographie sensible de voyages dans des espaces qui résistent à toute autre forme de documentation.

Chacune de ces vingt-trois séances a suivi le même protocole, le même cadre, les mêmes Portes. C'est ce protocole qu'Adriane Morard propose sous forme de séances individuelles, ouvertes à toute personne souhaitant conduire sa propre exploration. Ce qui change d'une séance à l'autre, c'est l'intention et la cartographie propre à chaque voyageur·euse. Ce qui reste constant, c'est la Boussole.

Déroulement d'une séance

Une séance dure entre 45 minutes et 1h30. Le·a voyageur·euse s'allonge ou s'assied. La séance débute par un bref exercice de centrage et de respiration, effectué en binôme par les deux participant·es. Le but est de créer une écoute commune avant le voyage : la guidance n'est pas un acte passif, elle requiert d'être sur la même longueur d'onde. L'exercice se conclut par une concentration sur le plexus solaire, où une sphère de lumière est visualisée, grandissant à chaque expiration jusqu'à englober entièrement chacun·e.

Le·a voyageur·euse se retrouve ensuite au centre d'une Boussole conceptuelle, une plateforme entourée de quatre Portes, chacune associée à un point cardinal et à un élément.

Nord : Terre. Est : Air. Sud : Feu. Ouest : Eau.

Une Porte est choisie selon l'intention du voyage. Ce choix est guidé par la guide, qui évalue si l'intention formulée correspond à la Porte envisagée, ou si une autre direction serait plus juste. L'aversion envers une Porte est une indication aussi révélatrice que le désir de s'y diriger. Une fois la Porte choisie, le·la voyageur·euse est invité·e à en décrire les attributs matériels, sensitifs et affectifs, sans jugement ni filtre sur ce qui vaudrait la peine ou non d'être partagé. Ce qui suit est non scripté : l'exploration se déroule comme un jeu de piste, entrant et sortant des Portes selon ce qui se présente, jusqu'à ce que la cartographie de la séance soit suffisamment riche.

La guide accompagne sans interpréter. C'est dans l'instant, dans le vécu de l'expérience elle-même, que le travail s'opère. Les images qui surgissent appartiennent à la grammaire propre du·de la voyageur·euse : elle seule peut y créer des correspondances.

La séance se clôt par un retour au Centre de la Boussole, un temps de partage et un débrief pour identifier les étapes suivantes, si le désir et le besoin y sont, ou pour ancrer certaines découvertes dans la vie ordinaire.

Une première séance sert généralement à visiter l'ensemble des Portes et à établir une cartographie initiale. À partir de la deuxième, l'exploration devient plus ciblée, guidée par une intention précise.

À quoi ça sert

La Boussole peut répondre à des intentions très différentes. Traverser un blocage, explorer une question sans réponse, investiguer ce qui résiste à la pensée ordinaire, ou simplement s'aventurer dans l'inconnu par curiosité. Elle ne produit pas d'interprétation et ne promet pas de réponses définitives. Ce qu'elle propose, c'est une matière : des images, des rencontres, des récits qui appartiennent à une logique propre, que chacun·e peut ensuite assembler à sa façon.

Elle s'adresse à celleux qui cherchent un mode d'exploration situé entre l'empirique et l'abstrait, attentif à ce qui prend forme avant d'avoir un nom, et qui ne sont pas satisfaits des cadres habituels : ni strictement rationnels, ni strictement symboliques. Des espaces interstitiels, à la croisée des choses, des idées et des sens.

Réserver une séance

Les séances se tiennent en ligne ou en présentiel à Bruxelles.

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Pour toute question : voyager-l-invisible@proton.me